Vie, Femme, Liberté

Mémorial de noms égrenés chaque aube

Mahsa, Hadis, Neda, Navid, Sohrab…

Pierres volcaniques

Échos de terres cataclysmiques

Et cette histoire n’est pas nouvelle

Chant de vie auquel

répond un essaim de plombs

Chant de femmes auquel

répond la horde d’acier

Mais nouvelle est la réponse des hommes libres

L’écoute de l’étrangère à la gorge pareillement serrée

La réponse de l’étrangère à l’étreinte de soeur

Non pas nouvelles les processions et les clameurs

Non pas nouvelle la douleur de nos deuils

Plus profonde seulement, plus universelle

Non pas nouvelle la douleur

Mais nouvelle la renommée des Reyhaneh, Vaniar, Jina, Pouya,

Ghazaleh…

Nouvelle la réponse des hommes libres

Nouvelles leurs gorges déployées pour rire des ténèbres

Nouvelle la naissance de ce chant de vie

Nouvelle cette marche commune des peuples

Nouvelle l’ébriété de l’instant d’espérance face à la horde de plomb

Et à l’orée de la vie

Nouvelles nos voix qui énumèrent nos filles, nos peurs,

nos baisers amers, nos danses

interrompues, nos lyres que l’on brise

Nos enfants de rue qui de l’espoir ne connaissent pas même le nom

Nos arbres meurtris, nos larmes inopinées

Nos danses qui se poursuivent

Et notre à venir Vie

Notre à venir Femme

Notre à venir Liberté

Sepideh Farkhondeh

nuit du 29 au 30 septembre 2022.

#Mahsa_Amini #MahsaAmini #Vie_Femme_Liberté #Life_Woman_Freedom #زن زندگی آزادی مهساامینی# # ژن ژیان ئازادی

Pour Samuel Paty

qu’emportera 2020 ? que n’emportera-t-il pas ?

Les passagers du vol #PS752, 

Les porteurs kurdes pris pour cibles, gibiers pour les assassins,

Des passants noirs asphyxiés,  

Certains de celles et de ceux qui, chaque jour, nous soignaient,

Un athlète à l’accent plus doux que les raisins de Shiraz,

Et un professeur d’histoire qui enseignait à voir 

“Sur les ailes des oiseaux, 

Sur les sueurs de l’orage”,

Que sans toi nous ne sommes rien

Que des désirs contraints,

Des absences aux lèvres éteintes,

Des barques sans lune ni lac,

Des écoliers sans pupitre, 

Sans rêve, sans camarade,

Incapables de te connaître, incapables de te nommer,

Incapables de te chérir,

Ni de rien recommencer :

Liberté, liberté, liberté.

Sepideh Farkhondeh.

En hommage à notre collègue, Samuel Paty, professeur d’histoire, assassiné le 16 octobre 2020.

“Sur les ailes des oiseaux,

Sur les sueurs de l’orage” :  » Liberté « , Paul Éluard.

Un athlète de Shiraz, Navid Afkari : https://www.bbc.com/news/world-middle-east-54129949

https://www.amnesty.org/en/latest/news/2020/09/iran-secret-execution-of-wrestler-navid-afkari-a-travesty-of-justice/

Le vol #PS752 : https://sepidehfarkhondeh.org/2020/01/12/miettes-du-firmament-ps752/ https://www.ps752justice.com/

miettes du firmament #PS752

Une fillette ravie de porter ses ballerines rouge vernis surmontés de papillons, une autre fière de son réveil hâtif, impatiente de rejoindre son père sur un autre continent, des jeunes joyeux de se serrer l’un.e  contre l’autre sans crainte de jugements… une aube de début janvier. 

Des missiles lancés par des automates de la haine les a réduits en miettes. 

Poussières d’étoiles disséminées dans l’espace à l’aube, miettes de vie, miettes de joie, miettes d’amour. 

Quelques instants plus tôt  amant.e.s,  aimé.e.s  quittant la terre de leurs ancêtres,  pour retrouver la dignité de se vêtir librement, de gagner leur vie décemment, d’étudier consciencieusement dans un autre continent, par delà l’océan…

Amant.e.s, aimé.e.s qui n’ignoraient rien de leurs origines sidérales… 

Amant.e.s, aimé.e.s partis avec le regret de quitter la terre chérie des premières amours et la conscience d’appartenir à la Voie Lactée. Ni secte ni certitude dans ce ruisseau d’étoiles. 

Miettes d’amour, miettes de joie, miettes de vie… 

Miettes pour qui aucune foule famélique, aucune masse de peines accumulées ne suit dans des rues étroites ou sur des ponts chancelants un épouvantail en haillons et ses automates de haine.

Au sol, pourtant  l’épouvantail de haine veut que les miettes disparaissent silencieusement. Mais veillent le vent, les cimes et la vallée.

Miettes de vie, poussières d’étoiles. 

Deux cents étoiles, en janvier, mille cinq cents, deux mois plus tôt. 

Les automates de la haine prennent pour cible les étoiles, depuis deux mois, depuis deux ans, depuis deux fois deux décennies. 

Mais désormais, les saules, les épis, les pierres, les étangs, les astres et les ombres, les ponts et les pavés, les collines et les mers, les nuages, les glaciers, les murs et les rivières, les rues et les ruines, les caveaux et les toits, les chiens et les colombes, les lacs et les déserts, les platanes et les pins, les moineaux, les corbeaux, la menthe et le safran, le jasmin et la myrrhe, la lune et les rizières, les amant.e.s, les aimé.e.s chantent les miettes d’étoiles et moquent l’épouvantail de poils et de haillons, qui se croit vivant et prétend dicter le passage des saisons. 

Sepideh Farkhondeh

11 janvier 2020

Notre-Dame

Il y avait trop longtemps que je ne t’avais rendu visite. 

Combien de fois ai-je détourné mon chemin, l’ai-je prolongé une après-midi entière pour avoir la joie de passer te voir? Combien de fois suis-je venue me réconforter à tes côtés? Saluer tes gargouilles? 

Toi qui  déploies dans ta chair les incarnations les plus diverses du grotesque comme pour nous montrer quotidiennement à nous-mêmes! Combien de fois ai-je compté tes anges turquoises et contemplé leur posture, assise au bord de l’eau depuis la petite île où plus rien n’est tranquille !

Combien d’après-midi de printemps et d’automne passés sous les arbres roses ou dorés de tes jardins à rêver, lire, énumérer des souvenirs, se plaindre du sort et des amours? 

Comme si ta présence relativisait tout…

Depuis quelques années, je te tournais autour sans entrer. C’est que la toute dernière fois que je t’ai vue de l’intérieur, un cierge m’avait brûlé les doigts. Je suis rarement superstitieuse. Mais c’était bien une vision que tu m’offris en ce début de juin 2009 : Téhéran brûlait sous le feu de miliciens qui tiraient à balles réelles sur la foule, venue contester le vol de leurs voix. Des jeunes mouraient, transpercés de plomb. Tu m’avais prévenue et tout s’est passé selon ta vision. Je n’osais plus entrer. Depuis ce jour, je te tournais autour ou dévisageais tes gargouilles et tes anges, assise sur les bords de la Seine, n’en voulant pas savoir davantage. Au milieu de Paris sans horizon lointain, te contempler depuis l’île, offre en soi une perspective. Tu es, pour moi méfiante et questionneuse, non pas l’incarnation d’un dogme mais une présence gracieuse, c’est pourquoi je tiens tant à toi. Et cette vision d’incendie qui m’était venue chez toi était comme une mise en garde contre le coeur pétrifié des hommes. Il y avait trop longtemps que je ne t’avais rendu visite. Je lisais ces vers de Shakespeare quand on me prévint que le feu ravageait ta charpente et faisait tomber ta flèche :

«  Ô fugitive grâce des hommes mortels…

Qui bâtit son espoir sur le vide de ta belle apparence 

Vit comme un marin ivre en haut d’un mât, 

Prêt à chaque roulis à culbuter

Dans les fatals viscères des profondeurs. »

J’aurais voulu que les personnages de Shakespeare emportent avec eux leurs visions cauchemardesques et les flammes que je voyais de mes propres yeux. 

Si tu peux être, toi, si gravement touchée, plus rien ne nous prémunit contre l’avidité, les blessures que nous nous infligeons les uns aux autres ni contre le temps…

plus rien n’est tranquille,

au coeur de la ville,

éperdue et triste, 

pour combien de temps ?

 

Sepideh  Farkhondeh

16 avril 2019

– L’homme est naturellement bon !

– Dans toutes les langues, il y a un mot pour meurtrier.
… En grec ancien, on l’apprend à la quatrième leçon …

– Mais meurtrier de poète, y-a-t-il une langue assez riche pour contenir ce mot-là ?

Meurtrier de poète serait-ce trop moderne ? Impossible à utiliser à rebours ?

 
pour Mohammad Mokhtari

Sepideh Farkhondeh
novembre 201…

pour Toi, étoile…

maryam mirzakhani
pour Toi, étoile, pleurent les saules et les cyprès
pleurent aussi tous les astres disséminés
de par le monde par une terre de volcan
qui les dévore et les répand
que tu quittas comme cet autobus branlant
qui emporta six de tes amis étudiants
pour Toi, étoile, pleurent les saules et les cyprès
pleurent toutes les courbes, les sphères, les lignes et les points de notre galaxie
mais aussi les petites filles
d’un pays assoiffé
qui scrutent les étoiles et rêvent de Liberté.

 

pour Maryam Mirzakhani

Sepideh Farkhondeh