Pour l’espoir dans tes yeux, cible de leurs fusils
Pour toutes ces années à venir volées à ta vie
Pour ta défiance qui surpasse celle d’Atalante et d’Antigone
Pour toi qui vis en fugitive mais de ta propre force t’étonnes
Pour toi qui, à seize ans, écris ton testament et sors
rejoindre, à mains nues, tes amis
qui chantent, dans la rue, la vie
Et réclament d’aimer encore
d’être libres, résolument
Pour toi qui, sur tes épaules, portes
Chaque blessé et chaque mourant
Et au péril de ta vie, t’exposes consciencieusement
à leurs balles de plombs qui pourchassent
Joie, compassion, amitié
Et tous les yeux bien éveillés
Pour ta voix claire et lucide que redoutent
les thuriféraires de la mort
Pour ta voix résolue et limpide
Qu’ils emmurent et qui résonne plus fort
Pour tes treize ans à peine atteints
Et ton courage hors d’atteinte
Face à un despote éclopé
qui se lamente puis donne l’ordre de tuer
loqueteux vieillard apeuré
contraint par sa lâcheté même à haranguer, tapi dans l’ombre
suivi par des fantômes sombres
adulé des snipers camés
à qui il vient de faire l’aumône
et qui traquent
Les pères les mères et les blessés,
et les petits enfants embrassés
despote qui par sa pleutre cruauté,
ses affidés, ses mercenaires
fait pâlir Zahak le tyran et ses serpents scapulaires
qui dévorent les adolescents
Pour toi qui réécris les mythes, les légendes, les épopées
Pour tes quinze ans inachevés
Pour toi qu’on vient arrêter et qui t’écries en partant :
“S’ils me tuent, pour mon corps ne leur versez jamais d’argent
C’est dans votre colère que je resterai vivant ! ”
Pour le concert que tu devais donner, Sanam
Le violon et ta gorge transpercés : notre âme
Pour tes déductions et tes raisonnements, Ayda,
Qu’applaudissaient tes camarades étudiants
Pour ta mère qui crie à Dieu “pourquoi?”
Et sur ta tombe implore “lève-toi!”,
“Ayda, ma fille, lève-toi !”
Pour vous qu’ils tiennent prisonniers
Qu’ils se vantent d’exécuter
Car votre vaillance les effraie
Pour vous… on ne s’apaisera plus
Plus de quiétude, plus de repos
Et même si le monde abandonne
Vos yeux intelligents d’espoir
Vos beaux yeux verts, bleus ou noirs
Comme il abandonnerait son âme
Nous ne nous tairons jamais plus
Pour vos voix claires et limpides
Vos voix de héros intrépides
Pour vos voix unies, résolues
Pour vos yeux cibles de leurs fusils
En nous et nos enfants, en vie
Nous ne nous tairons jamais plus…
Sepideh Farkhondeh – 7 février 2026.








