miettes du firmament #PS752

Une fillette ravie de porter ses ballerines rouge vernis surmontés de papillons, une autre fière de son réveil hâtif, impatiente de rejoindre son père sur un autre continent, des jeunes joyeux de se serrer l’un.e  contre l’autre sans crainte de jugements… une aube de début janvier. 

Des missiles lancés par des automates de la haine les a réduits en miettes. 

Poussières d’étoiles disséminées dans l’espace à l’aube, miettes de vie, miettes de joie, miettes d’amour. 

Quelques instants plus tôt  amant.e.s,  aimé.e.s  quittant la terre de leurs ancêtres,  pour retrouver la dignité de se vêtir librement, de gagner leur vie décemment, d’étudier consciencieusement dans un autre continent, par delà l’océan…

Amant.e.s, aimé.e.s qui n’ignoraient rien de leurs origines sidérales… 

Amant.e.s, aimé.e.s partis avec le regret de quitter la terre chérie des premières amours et la conscience d’appartenir à la Voie Lactée. Ni secte ni certitude dans ce ruisseau d’étoiles. 

Miettes d’amour, miettes de joie, miettes de vie… 

Miettes pour qui aucune foule famélique, aucune masse de peines accumulées ne suit dans des rues étroites ou sur des ponts chancelants un épouvantail en haillons et ses automates de haine.

Au sol, pourtant  l’épouvantail de haine veut que les miettes disparaissent silencieusement. Mais veillent le vent, les cimes et la vallée.

Miettes de vie, poussières d’étoiles. 

Deux cents étoiles, en janvier, mille cinq cents, deux mois plus tôt. 

Les automates de la haine prennent pour cible les étoiles, depuis deux mois, depuis deux ans, depuis deux fois deux décennies. 

Mais désormais, les saules, les épis, les pierres, les étangs, les astres et les ombres, les ponts et les pavés, les collines et les mers, les nuages, les glaciers, les murs et les rivières, les rues et les ruines, les caveaux et les toits, les chiens et les colombes, les lacs et les déserts, les platanes et les pins, les moineaux, les corbeaux, la menthe et le safran, le jasmin et la myrrhe, la lune et les rizières, les amant.e.s, les aimé.e.s chantent les miettes d’étoiles et moquent l’épouvantail de poils et de haillons, qui se croit vivant et prétend dicter le passage des saisons. 

Sepideh Farkhondeh

11 janvier 2020

Les Bienfaits de la Lune – Charles Baudelaire

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Charles Baudelaire by acmee

LES BIENFAITS DE LA LUNE

La Lune, qui est le caprice même, regarda par la fenêtre pendant que tu dormais dans ton berceau, et se dit : “Cette enfant me plaît.”

Et elle descendit moelleusement son escalier de nuages et passa sans bruit à travers les vitres.

Puis elle s’étendit sur toi avec la tendresse souple d’une mère, et elle déposa ses couleurs sur ta face. Tes prunelles en sont restées vertes, et tes joues extraordinairement pâles. C’est en contemplant cette visiteuse que tes yeux se sont bizarrement agrandis; et elle t’a si tendrement serrée à la gorge que tu en as gardé pour toujours l’envie de pleurer.

Cependant, dans l’expansion de sa joie, la Lune remplissait toute la chambre comme une atmosphère phosphorique, comme un poison lumineux; et toute cette lumière vivante pensait et disait : “Tu subiras éternellement l’influence de mon baiser. Tu seras belle à ma manière. Tu aimeras ce que j’aime et ce qui m’aime : l’eau, les nuages, le silence et la nuit; la mer immense et verte; l’eau informe et multiforme; le lieu où tu ne seras pas; l’amant que tu ne connaîtras pas; les fleurs monstrueuses; les parfums qui font délirer; les chats qui se pâment sur les pianos et qui gémissent comme les femmes, d’une voix rauque et douce !

Et tu seras aimée de mes amants, courtisée par mes courtisans. Tu seras reine des hommes aux yeux verts dont j’ai serré aussi la gorge dans mes caresses nocturnes; de ceux-là qui aiment la mer, la mer immense, tumultueuse et verte, l’eau informe et multiforme, le lieu où ils ne sont pas, la femme qu’ils ne connaissent pas, les fleurs sinistres qui ressemblent aux encensoirs d’une religion inconnue, les parfums qui troublent la volonté, et les animaux sauvages et voluptueux qui sont les emblèmes de leur folie.”

Et c’est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couchée à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques.

Charles Baudelaire

Petits Poèmes en Prose
مهربانی های ماه

شارل بودلر

ماه که خودِ بلهوسی ست، وقتی در گهواره ات خواب بودی، از پنجره ترا نگریست­، و با خود گفت: «چه کودک دلنشینی.»

از پلکانِ ابرهایش نرم پایین آمد و بی صدا از شیشه ها گذشت. بعد با لطافتِ منعطفِ یک مادر رویت پهن شد و رنگ هایش را بر چهره ات گذاشت. از آن پس مردمک هایت سبز مانده اند، و گونه هایت عجیب بی رنگند.

چشم هایت از تماشای این میهمان به طرز غریبی بزرگ شده اند؛ و گلویت را چنان به مهر فشرده است که خواهش گریستن همیشه در تو خواهد ماند.

با اینهمه، ماه در تشعشع شادی اش چون جَوی فسفرین، تمام اتاق را بسان زهری درخشان پر می کرد؛ و همه ی نور جاندارش می­ اندیشید و می­ گفت: « اثر بوسه­ام همیشه بر تو خواهد ماند. مثل من زیبا خواهی بود. دوست خواهی داشت آنچه دوست می دارم و آنچه مرا دوست می دارد: آب، ابر، سکوت و شب؛ دریای بی­کران و سبز؛ آب بی­چهر و هزارچهر؛ جایی که نخواهی بود؛ معشوقی که نخواهی شناخت؛ گل های عظیم الجثه؛  عطرهایی که دیوانه می کنند؛ گربه­هایی که روی پیانو مدهوش می شوند که بسان بانوان ناله سرمی دهند، به آوایی گرفته و نرم!

« معشوق عاشقانم خواهی بود، و ندیم ندیمانم. ملکه ­ی مردان سبزچشمی خواهی بود که گلو­ی ایشان را نیز در نوازش های شبانه ام فشرده ام؛ مردانی که به دریا عاشقند، به بی کران دریای آشفته و سبز، به آب بی چهر و هزارچهر، به جایی که نیستند، به زنی که نمی شناسند، به گل ­های شومی که همچون مجمر مذهبی ناشناخته اند، به عطرهایی که اراده را درهم می شکنند، و به چارپایان وحشی و شهوترانی که چهره ی جنونِ ایشانند.»

و از برای همین، ای گران دخترِ ملعون و لوس، اکنون پایین پایت آرمیده ام، و در تمام تو فرتور این خداوند مخوف را می جویم، این مادر تعمیدی سرنوشت ساز، این دایه ی زهرآگینِ همه ی ماه زدگان.

ترجمه از فرانسه:

سپیده فرخنده و سهراب مختاری

چاپ در کتاب شعر

Traduction du Français en Persan : Sepideh Farkhondeh et Sohrab Mokhtari