Une fillette ravie de porter ses ballerines rouge vernis surmontés de papillons, une autre fière de son réveil hâtif, impatiente de rejoindre son père sur un autre continent, des jeunes joyeux de se serrer l’un.e contre l’autre sans crainte de jugements… une aube de début janvier.
Des missiles lancés par des automates de la haine les a réduits en miettes.
Poussières d’étoiles disséminées dans l’espace à l’aube, miettes de vie, miettes de joie, miettes d’amour.
Quelques instants plus tôt amant.e.s, aimé.e.s quittant la terre de leurs ancêtres, pour retrouver la dignité de se vêtir librement, de gagner leur vie décemment, d’étudier consciencieusement dans un autre continent, par delà l’océan…
Amant.e.s, aimé.e.s qui n’ignoraient rien de leurs origines sidérales…
Amant.e.s, aimé.e.s partis avec le regret de quitter la terre chérie des premières amours et la conscience d’appartenir à la Voie Lactée. Ni secte ni certitude dans ce ruisseau d’étoiles.
Miettes d’amour, miettes de joie, miettes de vie…
Miettes pour qui aucune foule famélique, aucune masse de peines accumulées ne suit dans des rues étroites ou sur des ponts chancelants un épouvantail en haillons et ses automates de haine.
Au sol, pourtant l’épouvantail de haine veut que les miettes disparaissent silencieusement. Mais veillent le vent, les cimes et la vallée.
Miettes de vie, poussières d’étoiles.
Deux cents étoiles, en janvier, mille cinq cents, deux mois plus tôt.
Les automates de la haine prennent pour cible les étoiles, depuis deux mois, depuis deux ans, depuis deux fois deux décennies.
Mais désormais, les saules, les épis, les pierres, les étangs, les astres et les ombres, les ponts et les pavés, les collines et les mers, les nuages, les glaciers, les murs et les rivières, les rues et les ruines, les caveaux et les toits, les chiens et les colombes, les lacs et les déserts, les platanes et les pins, les moineaux, les corbeaux, la menthe et le safran, le jasmin et la myrrhe, la lune et les rizières, les amant.e.s, les aimé.e.s chantent les miettes d’étoiles et moquent l’épouvantail de poils et de haillons, qui se croit vivant et prétend dicter le passage des saisons.
Sepideh Farkhondeh
11 janvier 2020